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Les enduits peints antiques

L'enduit peint est un revêtement de couleur appliqué sur un pan de mur (maçonné ou non) ou un plafond. C'est une des techniques utilisées par les Romains pour décorer l'intérieur ou l'extérieur des bâtiments. Ces décors reflètent la position sociale du propriétaire qui en est commanditaire.

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Dans la technique de la fresque (a fresco en italien) la peinture est exécutée sur l'enduit de chaux frais qui, en séchant, fixe les pigments grâce à la carbonatation due à la réaction entre le gaz carbonique de l'air et l'hydroxyde de calcium de la chaux.

Ca(0H)2+ C02 ->CaC03 + H20

Grâce aux ouvrages de Vitruve et Pline l'Ancien, les archéologues connaissent parfaite­ment les méthodes de réalisation des enduits peints.

Techniques de La peinture murale

Vitruve expose la technique idéale pour peindre une fresque, qui doit comprendre six couches :

1. arricio : préparation de base composée de chaux, de sable assez grossier et d'eau qui égalise le support ;

2. intonaco : préparation de chaux et de sable (ou de gravier), plus mince et moins grossière que la première, à laquelle peuvent s'ajouter des fragments végétaux, de brique pilée, de pouzzolane ou de chamotte (réutilisation d'enduit peint fragmenté). Son épais­seur, de 10 cm max., crée une réserve d'humidité et permet la fixation des pigments (la carbonatation) ;

3. intonachino : fine préparation superficielle au lait de chaux sur laquelle sont posés les pigments ;

4. sinopia : dessin préparatoire exécuté à frais ;

5. couche picturale: dépose des pigments sur l'enduit frais ;

6. lissage : mince couche de lait de chaux posée directement sur la peinture et soigneusement appliquée à la taloche.

La technique vitruvienne n'a que rarement, voire jamais, été observée en Gaule romaine; celle utilisée ne comportait que trois couches: couche de préparation 1, couche de transi­tion 2 et couche de finition 3 recevant les pigments.

Fouille et dégagement

Les recherches sur les peintures murales ont débuté il y a seulement une trentaine d'an­nées. Les fragments et plaques retrouvés sur les sites antiques nous donnent des informa­tions capitales non seulement sur les murs et les techniques d'enduit, mais aussi sur les origines sociales des propriétaires.

Si les techniques de fouille de ce mobilier archéologique sont les mêmes que pour tout autre, l'enregistrement, les relevés et le prélèvement diffèrent quelque peu. Pour les plaques d'enduits effondrées en place, un relevé, à l'échelle 1/1, est réalisé sur une bâche transparente, associé à un relevé photographique.

Tous les fragments, quelles que soient leurs dimensions ou leur position stratigraphique, sont prélevés. Les parties les mieux conservées, les plus grandes ou celles encore en connexion, sont déposées par des restaurateurs spécialisés.

La peinture murale étant soumise aux tendances, quand un décor était démo­dé, l'enduit était arraché des murs : les archéologues en retrouvent les frag­ments jetés dans des fosses ou des dépo­toirs. Parfois l'artisan ne retire pas cette ancienne peinture, qui est alors piquetée pour recréer de l'adhérence, avant de recevoir de nouvelles couches de mortier.

Etude et interprétation/ restitution et conservation

L'étude en laboratoire comprend trois volets principaux: l'étude stratigraphique, l'identification des pigments, l'identification des liants.

Après avoir été prélevés sur le terrain et transportés dans des cagettes, les enduits peints sont nettoyés à l'eau à l'aide de brosses, de pinceaux et d'éponges, ou minutieusement décapés au scalpel. Une fois secs, les fragments sont observés à la loupe pour déterminer les différentes couches de mortier et leur composition, ainsi que le sens de lissage  du mortier. Cette identification permet de différencier divers ensembles.

Commence ensuite la phase d'assemblage qui a pour but de remonter le décor. Les fragments sont déposés à plat, tels un puzzle, dans des bacs à sable. Chaque plaque reconstituée est photographiée et dessinée sur un calque. Le spécialiste par­vient ainsi peu à peu à reconstituer l'orga­nisation de la paroi disparue et parfois à émettre une hypothèse de restitution.

Après inventaire, les enduits peints sont conditionnés dans des caisses tapissées de mousse pour éviter les chocs, ou transportés dans un atelier pour restauration avant l'exposition en musée.

Pigments et motifs

Les peintures murales antiques sont organisées en trois parties: une partie basse (soubas­sement ou plinthe), une partie médiane ( où alternent des panneaux et des inter-panneaux) et une partie haute (frise ou corniche). Les éléments représentés sont figuratifs (paysages, végétaux, animaux, personnages, architectures en trompe-l'œil) ou géométriques. Cer­tains panneaux sont monochromes.

Les couleurs utilisées sont :

  • le rouge, fabriqué à partir de cinabre, de pourpre, ou d'hématite. Les deux premiers pigments, très chers, produisent un rouge vermillon. L'hématite, minéral courant, est moins éclatante mais beaucoup plus utilisée ;
  • le bleu égyptien, issu de la transformation d'éléments minéraux mélangés (cuivre, silice et calcaire), est extrêmement précieux ;
  • le noir est une couleur beaucoup plus accessible, puisqu'issue de la combustion de végétaux ( charbon de bois ou suie) ;
  • le vert peut être fabriqué à partir de pigments essentiellement minéraux (céladonite, glauconie, chlorite ou malachite). Il existerait également un colorant végétal, le lait de figue ;
  • le jaune, pigment minéral, provient des terres ocres ;
  • le blanc est issu de plusieurs pigments minéraux, comme la craie, l'aragonite, la dolomite ou le marbre blanc.

Les différents styles de peintures murales

Les fresques découvertes à Pompéi et Herculanum ont permis de définir quatre styles décoratifs (entre la 2e moitié du IIe s. av. J.-C. et la fin du Jer s. ap. J.-C.) :

  • Le 1er style pompéien (« style à  incrustation », 140-80 av. J.-C.) imite la structure en relief d'un mur divisé en trois parties. Les moulures de corniches en stuc sont fréquentes, ainsi que l'imitation des marbres polychromes des riches demeures.
  • Le 2e style pompéien (« style architectonique », 80-15 av. J.-C.), illusionniste, représente des architectures et des paysages. C'est l'âge d'or du « rouge pompéien ». Beaucoup d'imitations de marbre et de pierres semi-précieuses sont observées. Des colonnes ou des pilastres rythment verticalement la paroi.
  • Le 3e style pompéien (« style ornemental », 15 av.-63 ap. J.-C.) renonce à la profondeur architecturale au profit de scènes mythologiques ou champêtres séparées par des candélabres ou des colonnes végétales. Le 3e style précoce (1ere moitié du Ier siècle ap. J.-C.) est attesté à Lyon. Les décors se composent en général d'une plinthe imitant la pierre et de panneaux souvent rouges ou noirs alternés, avec candélabres. Le 3e style mûr (milieu du Ier - début IIe siècle) se charge et s'enrichit de figures et de motifs ornementaux.
  • Dans le 4e style pompéien (« style fantastique », 63-79 ap. J.-C.), le plus complexe, la repré­sentation de motifs architecturaux et d'édifices fantastiques utilise fréquemment le trompe-l'œil. En Gaule, où le 4e style pompéien ne s'implante pas, des styles régionaux sont mis en avant par des artisans et des ateliers locaux.