Retranscription du podcast "Le rapport de fouille du chantier de la Sarra"

Bonjour à toutes et à tous, nous sommes toujours en direct sur Radio Anthropocène et vous écoutez actuellement Micro et Truelle, la chronique des archéologues de la ville de Lyon.
C'est une émission qui vous est proposée par le service archéologique de la ville de Lyon.
Tous les mois, un des archéologues du service nous présentera un objet archéologique découvert à Lyon sur un des chantiers lyonnais.
Et cela nous offrira l'occasion de nous interroger sur ce que cet objet nous raconte de notre passé et de notre ville actuelle.

Naïs Novat :
Aujourd'hui, nous recevons Étienne Hofmann, archéologue et responsable d'opération au service archéologique de la ville.
Bonjour Étienne.

Étienne Hofmann :
Bonjour.

Naïs Novat :
Et pour la première de l'émission, Étienne, vous venez nous présenter un objet un peu particulier.
Ce n'est pas un objet de mobilier archéologique comme on peut en retrouver sur les chantiers habituellement, mais c'est un objet qui est incontournable de l'archéologie.
Alors, quel est cet objet ?

Étienne Hofmann :
Cet objet, c'est la maquette d'un rapport de fouilles, c'est-à-dire le compte-rendu final d'une opération archéologique.
C'est ce qui arrive en toute fin d'étude.
Concrètement, c'est un document qui peut prendre la forme d'un ou plusieurs tomes et qui a une double dimension.

D'abord une dimension scientifique, parce qu'en fait, on va y retrouver enregistré dans l'intégralité la mémoire du site, qui bien souvent a disparu.
C'est-à-dire que dedans, vous retrouverez : description, analyse, planches d'illustration, photos, relevés en plan, en coupe, inventaire du mobilier trouvé, hypothèses et interprétations.
Et ça, c'est pour tout le volet scientifique.

Pour l'aspect légal, en fait, c'est un document qui doit être remis à l'État avec le mobilier archéologique issu du chantier.
Et donc, c'est une obligation absolue.

Naïs Novat :
Donc, si je résume, on a un rapport de fouilles systématiquement à chaque opération archéologique.
Et c'est un document qui va à la fois résumer toutes les opérations archéologiques, donc tout ce qui a été fait, mais aussi tous les vestiges découverts et une première interprétation de ceux-ci.

Naïs Novat :
Et dans ce cas précis, d'où vient le rapport ? À quel chantier fait-il référence ?

Étienne Hofmann :
Alors, le document qu'on a sous les yeux, c'est le rapport des fouilles exercées à la Sarra.
C'est un chantier récent qui date de 2021, qui a été mené à Lyon dans le 5e arrondissement, sur la colline de Fourvière, au nord du cimetière de Loyasse.

Pour ceux qui connaissent un peu le lieu, c'est proche de l'ancienne piste de ski ou de l'EHPAD, qui est encore ouvert à l'heure actuelle.

C'est un chantier un peu spécifique, puisqu'il s'agit là d'archéologie préventive.
À savoir, les services de l'État ont considéré que le projet d'aménagement d'un nouvel EHPAD, c'est-à-dire sa reconstruction, risquait de porter atteinte aux potentiels vestiges archéologiques présents dans le sous-sol.

Sur cette base, l'État a déclenché un diagnostic archéologique qui a pris la forme de sondages qui ont été réalisés par le SAVL en 2018,
et dont la vocation était de caractériser la présence ou l'absence de vestiges, l'importance et la datation de ces vestiges.

Sur la base des résultats, l'État, une fois de plus, c'est-à-dire le service régional de l'archéologie pour être bien précis, a prescrit une fouille archéologique préventive qui devait s'exercer avant les travaux d'aménagement.
Et donc, c'est cette fouille qui a débouché sur la réalisation du rapport dont nous parlons aujourd'hui.

Naïs Novat :
Donc, quels sont les résultats de cette fouille ?

Étienne Hofmann :
Alors, concrètement, sur le site en question, la majorité des structures et du mobilier observés datent de l'Antiquité.
L'analyse conjointe du mobilier contenu et des structures permet de mettre en avant, ou de reconstituer, la présence sur les lieux d'un quartier antique qui va se développer entre le 1er et le 3e siècle.

Et s'organiser autour d'une voie de circulation qui relie le centre urbain, c'est-à-dire le haut du plateau de Fourvière, aux installations périphériques, ce qu'on pourrait appeler en banlieue, ou le suburbium, à Vaise.

Dans ce quartier, toutes époques confondues, on va retrouver des ateliers de potiers, des habitations aménagées sur des terrasses,
une citerne, mais également une fontaine publique, qu'on appelle aussi la coux, et un entrepôt, ou en tout cas un grand bâtiment plutôt à vocation artisanale ou commerciale.

Donc, on comprend que c'est un chantier extrêmement riche, sur lequel on va trouver beaucoup de choses qui nous renseignent sur l'histoire de cette parcelle de terrain.

Naïs Novat :
Et si on essaie de prendre un peu plus de hauteur et d'élargir l'analyse à l'échelle de la ville de Lyon, qu'est-ce que ça nous apprend sur l'histoire de notre ville ?

Étienne Hofmann :
Alors, c'est un chantier qui est dans la lignée d'autres qui ont pu prendre place sur les pentes.
Et comme eux, il met en avant l'évolution et l'extension de la ville antique depuis le centre du plateau jusqu'en fait sur les pentes.
Donc, le site de la Sarra, par exemple, va passer du statut de zone périphérique, puisqu'il est vraiment, lui, à l'amorce des pentes, à celui de zone pleinement urbanisée au cours du 1er siècle, a priori.

C'est une démonstration supplémentaire de la croissance urbaine, telle qu'on l'a déjà constatée sur d'autres sites déjà fouillés,
comme la rue des Farges, dont les vestiges sont encore visibles en partie, ou d'autres ont hélas disparu, comme ce qui a été fait sous l'hôpital de l'Antiquaille, ou place Bellecour également.

Comme sur ces autres sites, on a aussi, quand on parle de croissance urbaine, elle n'est pas continue.
C'est-à-dire qu'à compter du 3e siècle, on va assister à une déprise urbaine et à un abandon progressif de ces lieux et du haut de la colline,
au profit des quartiers fluviaux en bord de Saône notamment.
À compter de cette date, donc, l'occupation va être essentiellement agricole, et ce jusqu'au début du 20e siècle.

Naïs Novat :
Et vous citiez à l'instant l'exemple de la rue des Farges, où on peut voir encore, par exemple, les vestiges des chantiers archéologiques qui ont été menés.
Et aujourd'hui, à la Sarra, que reste-t-il de ces vestiges, Étienne ?

Étienne Hofmann :
Alors, on l'a évoqué au début, c'était un chantier d'archéologie préventive.
Donc, son objectif, c'est effectivement de sauver la connaissance et notre appréhension du patrimoine, de retirer tous les vestiges mobiliers qui peuvent l'être.
Mais l'action de fouille est elle-même destructive.
Donc, ce site a été intégralement fouillé, et en plus, derrière, on a laissé la place à l'aménageur, qui a lui réalisé effectivement un EHPAD moderne.
Et donc, les vestiges ont disparu.

C'est aussi pour cette raison que le rapport est aussi important : c'est qu'il est la seule trace restante et objective de tout le travail qui a été mené.
Le mobilier, lui, a été évidemment, comme je le disais, confié au service régional de l'archéologie.

Naïs Novat :
Et quel est le destin de ce rapport maintenant ? Que va-t-il devenir ? À quoi va-t-il servir ?

Étienne Hofmann :
Alors, au même titre que le mobilier, le rapport est rendu à l'État, qui va en assurer d'une part la conservation et, d'autre part, éventuellement l'accessibilité pour les chercheurs, mais aussi pour le grand public,
parce que les rapports sont des documents publics.

Et donc, aujourd'hui, si le site est démoli, les connaissances qu'on a pu en tirer, le mobilier, on rejoint ce qu'on peut considérer comme le patrimoine national.
Les découvertes de ce chantier aussi, il faut en prendre conscience, enrichissent une carte archéologique qui recense l'ensemble des vestiges retrouvés sur le territoire français.

Chaque étude est comme une nouvelle pièce d'un puzzle qui complète un peu plus notre connaissance de l'histoire des territoires.

Naïs Novat :
Merci beaucoup, Étienne, de nous avoir présenté ce rapport de fouille.
Du coup, on comprend bien que c'est un document qui est vraiment clé et incontournable de l'archéologie.
Et c'est surtout un objet précieux qui va être précieux à la fois pour les chercheurs, mais finalement aussi pour le grand public,
parce que c'est la porte d'accès à toutes les informations sur le patrimoine qui nous entoure.

Une fois le rapport rendu, ça va servir de base à plein de publications, à la fois pour les scientifiques et pour le grand public.

Donc, si vous vous... Vous pouvez retrouver, vous auditeurs, une image de ce rapport.
Vous pouvez vous rendre sur le site de Radio Anthropocène.
Vous y trouverez tous les mois les images des objets présentés.

Et si vous avez manqué le début de cette émission ou si vous souhaitez la réécouter tout simplement, n'hésitez pas à aller réécouter ce podcast sur le site de Radio Anthropocène.

Et le mois prochain, nous recevrons Lucas Guillot, un autre archéologue du service archéologique de la ville de Lyon,
qui viendra nous parler de trois statuettes retrouvées lors du chantier du parking Saint-Antoine.